Siick

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| Sujet: Clark - Turning Dragon (Warp records) Sam 9 Fév - 13:54 | |
| Hilou!!
 Bon le garçon n'a pas besoin de ma pub pour vendre des CD mais il fallait que j'en parle car j'adore ce que fait CLARK, il se renouvelle souvent et me surprend à chaque nouveau CD/EP. En effet, Turning Dragon tabasse dur, il va le faire avec une noirceur, une puissance et une dimension plus qu'inattendue. Vous arracher les oreilles. Dès les premiers secondes. Le titre ouvrant le disque, New Year Storm est gigantesque. Un rythme martial. Colossal. Etouffant. Un vrai coup de poing en pleine face. A peine a-t-on retrouvé ses esprits que Clark pousse le vice de rendre le tout encore plus puissant. Un vrai attentat sonore. A la première écoute, on imagine simplement qu'un boeing s'écrase sur notre tête. Que l'objectif n'est ici que de nous retourner comme une merde, de nous exploser en mille morceaux. Mais il est évident que ce petit génie des textures nous réservait quelque chose de plus subtile. Apres avoir encaissé le choc, en se penchant un minimum sur la construction de cette violation de notre intimité sonore, on se rend compte de la complexité du titre. Tout est fait dans la superposition de textures, de saturations. Le pied, ultra-massif, balaye tout sur son passage, mais cache une forêt de crissements qui balayent l'espace d'une façon plus qu'affolante. Alors que l'on saute déjà de tous les cotés en se cassant les vertèbres contre nos murs, Chris Clark décide de faire muter le rythme techno en Hip-hop protéiforme, hésitant à repartir de plus belle devant ce lit de synthés sombrant de plus en plus sur des notes mélancoliques, avant de s'abandonner dans un torrent de mélancolie et de retenue. Sur Body Riddle , Clark faisait pleurer ses morceaux avant de les faire plonger dans le chaos. Ici la démarche est contraire. On commence dans une Free-party, on fini en sanglots dans les égouts. Ce titre est écrasant, d'une violence, d'une frénésie et d'une beauté rare. Ecouter New Year Storm, c'est se complaire dans la perversité d'un Windowlicker d'Aphex Twin sodomisé par un Manu le Malin, devenu fou après une écoute intensive de Rollin&Scratchin' des Daft Punk. Je vous jure, je n'avais pas eu une telle envie de faire trembler mon immeuble depuis un bail. Quand au sempiternel couplet sur la profondeur du son de Chris Clark, il est inévitable ici. La puissance du tout est absolument dantesque. A vous faire sentir le "souffle" à l'autre bout de votre pièce. Même les morceaux de mecs comme Das Glow semblent avoir été enregistrés en mono sur un I-pod première génération à coté de cet ouragan.
Et même si le terme de ce premier titre s'enlise dans une noirceur dépressive, on entend pointer en sa toute fin un semblant d'ambiance délurée, d'une ivresse collective. Comme quand vous vous retrouvez, ivre mort, le nez dans les poubelles d'un club qui vient de vous éjecter manu militari. En tentant de s'affranchir d'une brume alcoolisée épaisse comme trois murs, on perçoit d'une façon ultra étouffée les basses, les cris, les synthés stridents s'échapper de l'interieur de l'établissement. Alors on prend son courage à deux mains, on se lève tant bien que mal, on se fraie un chemin entre deux videurs à l'ouest et on accède une nouvelle fois au saint graal dancefloor : Les portes s'ouvrent, les lumières éblouissent des pupilles déjà bien dilatées, le deuxième titre s'enchaîne directement, la musique vous saute à la gueule. C'est Volca Veins, espèce de tube défoncé, à la rythmique Trance / Jungle folle, épileptique, chapeauté par une voix putassiere qui distille des paroles difficilement intelligibles, à base de "Ooooh baaaby" "I hooope you machin love" et autre "Feel craaazyyy". Ok, Clark fait de la Dance/Rave de fin du monde, en se permettant de rajouter des sirènes, des lasers et des "Piou Piouuuuu" pour bien enfoncer le clou. Jouissif comme jamais. Evidemment, la fin va encore se nécroser sur elle-même et s'éteindre dans une ligne sourde et grésillante.
Loin d'être sur les rotules, Clark donne l'impression de convier Mr Oizo sur le complètement barré Truncation Horn. On se croirait presque dans Moustache (Half a Scissor) avec ce beat concassé, semblant bugger, déraper, foirer sur certaines mesures, chapeautant des voix hachées dans tout les sens. Mais la comparaison ne tiendrait pas une seconde si il n'y avait pas le Mojo funky de Oizo, concrétisé ici par une nappe synthétique affolante, agressive, sortant des enfers. Monstrueux. Tout clubber ravagé jusqu'à la moelle creve un jour ou l'autre. La musique se fait plus dure, on flirte avec la Techno minimal et sombre. Les basses sont sèches, les zébrures métalliques fusent. L'orientation est toujours aussi rentre dedans, mais le titre For Wolves Crew hésite, malade, nauséeux, entre la techno de cave et l'oppression complète. Si l'on démarre sur les chapeaux de roue, attaqué encore de plein fouet par un rythme bourrinant les tympans, on perd rapidement la raison, on tressaute assailli par les beats lentement effacés par de longues plages planantes et sublimes. On est rapidement transporté dans l'univers cotonneux de Boards Of Canada avec ces nappes discordantes, qui montent, nous enveloppent, rendent le rythme secondaire, effacé, presque inutile. Les saturations, impressionnantes, tentent encore de vous réveiller, de vous tirer de ce songe dissonant, sans succès. On se laisse happer, petit à petit, dans une longue chute semblant aléatoire, nous offrant des paysages complètement différents à chaque clignement de paupières, devenues plombs avec l'abus de psychotropes. Violenl tente le dernier sursaut, le spasme final d'un début de disque ultra agité, mais cale au beau milieu de sa cavalcade crasseuse, avec ce martèlement presque indus qui va se faire avaler peu à peu par des synthés paraboliques, au goût très Autechre, façon sanglots d'androïdes survivant au chaos.
Oui, ces deux titres impriment une vraie rupture au sein d'un disque qui va replonger dans les teintes plus évasives et pétries d'émotions de Body Riddle . Et le titre qui représente au mieux cette volte-face est bien le mirifique Arch Of The North. D'une beauté pétrifiante. L'amorce du titre est pourtant assez effarante, vous plongeant dans un véritable tunnel à une vitesse folle, avec ce son pesant et presque imperceptible, comme le bruit du vent pour seul témoin d'immensité d'une plaine désertée... Dans ce tunnel défile des zébrures de synthés, fantomatiques, tonitruants, parasités par la dimension de l'écrin. Comme écouter un live avec les oreilles enfoncées dans du ciment. Ne percevoir qu'un brouhaha incessant, percé de stridences versatiles. Apres une brève incursion Acid, le titre va basculer sur une mélodie sublime. Un synthé cristallin, qui chiale et qui vous fais chialer avec lui. Qui vous arrache les tripes à pleines mains afin de sécher ses sanglots. Gémissements divins. Le tunnel se transforme en gouffre insondable. Avec pour seul compagnon de chute, une détresse, une mélancolie impossible à déchiffrer. Ca vous prend la gorge, et cela ne vous lâche qu'au moment ou votre corps gît inanimé, disloqué au fond du trou. L'un des tout meilleurs titres de Clark. Difficile d'en dire plus.
Il essaiera bien de nous amuser, nous rassurer avec Hot May Slides, son beat syncopé et sa petite mélopée guillerette, mais rien à faire, le morceau va encore s'échouer sur des nappes lugubres, fragiles, arpentées par des coups sourds. Mercy Sines, c'est aussi de la mélodie avant tout. Ce sont des nappes décharnées qui tournent à n'en plus finir, saccagées par un rythme ramassé, sale. Qui se muent en voix, en complainte, avant de repartir dans de subtils carillons.
Le fétard torturé des premières heures est en train de errer dans des rues crades, le visage trempé par les larmes. A la recherche d'un semblant de lumière. Un vrai bad-trip. Il va trouver son salut avec Beg. Comme un dernier sursaut d'orgueil. Il se jette corps et âme dans cette cavalcade Rave dantesque, avec cette introduction de fou furieux. Une vraie salve pour psychotique. Un mur de claviers ultra agressifs, un rythme hardcore, le sol tremble. Mais la fureur est factice. Elle se mortifie encore, devient pale, assourdie. Elle se perd dans les échos. Elle s'efface même devant une mélodie tristounne, fluette, presque trop candide comparé au viol sonore la précédant.
Dernière marche, dernier rempart, Penultimate Persian. On ne se cache plus. On balance la machine, les synthés les plus beaux que l'on a en stock. On pense irrémédiablement à la série Analord d'Aphex Twin. Par ce que c'est trop beau. Trop puissant. Trop maîtrisé. C'est la pop song électro parfaite. Le truc trop bizarre pour être apprécié, et trop évident pour être ignoré. Quand au clavier débarquant sans prévenir vers 2minutes 30, c'est le coup de grâce. Le truc qui sublime le morceau. Qui le sanctifie. La simplicité extrême jumelée avec la grandiloquence totale. Qui peut se prévaloir d'une telle conclusion pour un album de musique électronique? On est au paradis. Avec "Turning Dragon", Clark nous a fait visiter les Raves anglaises, les rues crades, les gouffres puant la mort, et nous envoie ici directement au septième ciel pour méditer sur tout ça. A crever de bonheur.
Allez. J'ai longtemps cogité sur une conclusion du genre : Quel est le meilleur des deux albums entre Body Riddle et Turning Dragon ? Le premier est tellement impressionnant d'un point de vue production, mais cette nouvelle galette marque un tel changement de cap dans la façon d'aborder la musique de Clark.
Mais on pourrait tourner des heures en rond, impossible d'en tirer une conclusion valable. Il est clair que Body Riddle ne sera toujours pas dépassé en terme de puissance et de qualité de son. Même par son propre successeur. Il a aussi une "force" émotionnelle presque unique. Mais Turning Dragon est gigantesque. Il est plus tape à l'oeil, indéniablement. Ca rutile, ça bastonne, ça crache de tout les cotés. La qualité sonore, même si elle est un peu plus en retrait, reste impressionnante. La puissance du tout est époustouflante.
Turning Dragon, c'est un peu le négatif de Body Riddle. Les deux disques explorent la même faille : Mêler chaos et beauté pure. Mais si le précédent le faisait ravagent le sublime à coup de tessitures impressionnantes, Clark va ici opter pour une recette bien plus simple. Faire exploser les structures à coup de rythmiques monumentales. Beaucoup seront désarçonnés, voir déçus, par ce choix sans compromis, et clairement inattendu au vu des précédentes livraisons. Compréhensible. Reste à s'investir, à supporter cette pluie de coup pour écouter un disque indispensable, d'une beauté et d'une violence folle.
Cette conclusion est nulle à chier. On va s'arrêter là pour énoncer une évidence : Avec ce disque, et évidemment tous ses précédents, Chris Clark rentre dans le panthéon des plus grands compositeurs de musique électronique.
Tracklisting
1 · New Year Storm 2 · Volcun Veins 3 · Truncation Horn 4 · For Wolves Crew 5 · Violent 6 · Radiation Clutch 7 · Arche of the North 8 · Mercy Sines 9 · Hot May Slides 10 · Beg 11 · Penultimate Persian
Source:http://www.gamekult.com/blog/datura333/91347/Clark+Turning+Dragon.html _________________ Siick d(o-0)b
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